Gamification sur le Web : 5 règles à suivre

C’est un sujet à la mode, mais rarement disséqué sur le plan méthodologique. Nos 5 conseils pour bâtir une approche cohérente basée sur le couple objectif-récompense et appliquer cette mécanique à ses projets Web et mobile.

S’appuyer sur le contenu et le réel, mais aussi l’alimenter en retour.
Dans l’industrie du jeu vidéo, plusieurs grands succès, notamment les jeux de tir, ne s’embarrassent pas de scénarios élaborés mais compensent par la prouesse technique, la jouabilité, une forme d’immersion non narrative. Les mécaniques de gamification ont des visées (sans jeu de mot) différentes : elles existent par rapport au réel, pour faciliter l’appropriation d’un message, d’une connaissance, l’accomplissement d’une action, améliorer une expérience de découverte ou de consommation.

© wester / Flickr

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En ce sens, le jeu en lui-même n’est pas le cœur de la stratégie. En revanche, le jeu a la capacité de créer les conditions de l’enrichissement du contenu sur lequel il s’appuie : par la manière dont vous faites jouer vos internautes ou mobinautes, vous pouvez leur proposer, bien sûr, un contenu décidé à l’avance, mais vous pouvez aussi leur faire écrire leur propre histoire, à la manière d’une partie d’échec.

Ainsi, un quiz est un jeu basé sur un contenu décidé à l’avance, tandis qu’une chasse au trésor permettra à un joueur une grande liberté jusqu’à l’objectif final. Dans cette phase de liberté, l’objectif est alors de lui faire prendre la parole (sur les réseaux sociaux, sur le support lui-même…).

Etre social sans oublier le solo
Le jeu, c’est mieux à plusieurs… Oui et non ! Indubitablement, permettre la comparaison directe entre les joueurs induit une motivation supplémentaire et un effet viral. Mais n’oublions pas ceux qui souhaitent simplement se mesurer à eux-mêmes, et n’ont pas l’envie de se comparer aux autres de manière frontale. Prenons l’exemple d’Iperiago, c’est à dire un jeu de piste basé sur une série d’énigmes à résoudre, chacune permettant d’accéder à la suivante, dans un temps limité : voilà une belle activité de groupe, mixant compétition et collaboration, mais qui peut tout à fait être réalisée seul, pour des questions du reste autant d’envie que, parfois, pratiques. Le quiz est de nouveau un bon exemple : on se mesure d’abord à soi-même, puis on peut, éventuellement, se comparer aux résultats des autres.

Autant que possible, jouons (là encore, sans jeu de mot) sur les deux tableaux.

Etre mobile sans l’oublier l’offline, et tout en pouvant rester chez soi
Votre mécanique de jeu doit être simple, d’abord parce que les mécaniques les plus efficaces le sont (attention, cela n’empêche pas une complexité d’atteinte d’objectifs, ni une large possibilité d’actions, mais cela signifie que les choix nécessaires de l’utilisateur doivent être limités), ensuite parce que l’usage en mobilité est évidemment en développement rapide, et cet usage, impliquant des écrans réduits, impose nécessairement des interfaces minimales.

Etre mobile, c’est aussi tirer profit des capacités de localisation de l’appareil, et d’autres caractéristiques encore (appareil photo, notifications…), idéalement sans qu’il soit obligatoire de leur faire appel. Pour autant, être mobile ne veut pas toujours dire être connecté, et utiliser un appareil mobile ne veut pas toujours dire être en situation de mobilité (on utilise une tablette à domicile, et parfois principalement). Là encore, dans la mesure du possible, concevez une mécanique de jeu qui ne soit pas tributaire de la connexion (cela renforce l’importance de ne pas tout miser sur le social), ni de l’exploitation de son environnement immédiat (pour reprendre notre exemple du jeu de piste, étudiez s’il est possible de le rendre réalisable sans quitter son fauteuil, par un jeu d’énigmes dont la résolution est également possible sans être sur place, mais bien sûr, sans pour autant qu’il perde son intérêt – c’est ce que nous nous sommes efforcés de faire sur Iperiago et ParisParcours.com).

Penser re-jouabilité
C’est le défaut majeur de la plupart des jeux : la faible re-jouabilité. Il est clair que de ce point de vue, plus vous pourrez appliquer la mécanique de jeu sur un contenu évolutif, s’étoffant (à l’image de l’apprentissage par le jeu, prenant appui sur des contenus pédagogiques en évolution), ou, mieux encore, si cette mécanique, comme nous l’avons évoqué, permet aux joueurs de s’inventer, au moins en partie, parfois collectivement, un nouveau contenu à chaque expérience de jeu, plus on se donne de chances de résoudre ce problème de re-jouabilité.

L’étape la plus aboutie consiste à proposer à votre communauté de créer son propre jeu : dans l’exemple du jeu de piste, il s’agit ainsi sur Iperiago de proposer à l’utilisateur d’agencer des lieux comme il l’entend, de créer des énigmes simples, et de diffuser sa création en défiant des amis.

Penser progressivité
Les mécaniques de jeu sont finalement assez homogènes dans leur principe : gagner des points, trophées, avantages et autres récompenses en remplissant des objectifs, mais aussi créer ce que l’on appelle une « boucle d’engagement » où la récompense motive pour obtenir la suivante. A notre avis, c’est la dynamique de la boucle d’engagement qui est la plus délicate à doser et qui nécessite d’être bien testée : la progression doit d’abord être rapide pour accompagner le joueur dans la découverte de la dynamique, puis plus difficile pour constituer un défi, sans pour autant enfermer le joueur dans un tunnel où le prochain objectif apparaît trop éloigné, où les actions à accomplir deviennent trop fastidieuses ou répétitives, cassant la motivation.

Une technique classique consiste à mettre en parallèle deux systèmes de progression : l’un correspondant à une montée en compétences globale, compétences qui octroient des avantages cumulés pour remplir plus facilement de nouveaux objectifs, l’autre constitué d’objectifs secondaires, débloquant par exemple des trophées à collectionner.

Quel que soit votre projet, si vous envisagez de déployer une mécanique de gamification, posez-vous l’ensemble de ces questions pour ne pas vous engager dans un chantier très probablement coûteux autant en conception qu’en réalisation, surtout si votre métier premier n’est pas lié à un domaine prioritairement ludique. Et entourez-vous de spécialistes de la question qui sauront vous aiguiller également vers les bons outils pour ne pas tout réinventer.

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01. février 2015 par iperiago
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